Mon cocker de douze ans est un gourmand : à chaque fois que je mange un yaourt, il vient à mes pieds et
attend que je finisse pour me demander à lécher le pot vide.
Il est seul maintenant, survivant à son aîné, un labrador qui avait deux ans de plus que lui.
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Pocker dans la cuisine
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Lui aussi venait pour le pot de yaourt.
L'expression du visage de notre labrador m'a toujours fait penser à celle qu'avait mon fox terrier,
le chien que j'avais lorsque j'habitais Suresnes dans les années soixante.
Je retrouvais en effet dans son visage l'expression, l'air goguenard, la tranche de jambon en
bandoulière, le sourire au museau, parfois rentrant brusquement sa langue dans un "glop" brisant pour un temps son halètement continuel, tout en baissant les yeux comme si , tout d'un coup,
il pensait à autre chose, ce labrador était cependant beaucoup plus placide bien que très dominant lorsqu'il croisait un de ses congénères ; avec nous aimable et obéissant, silencieux
et pensif, mais infernal chez le véto ma chère madame !
Tout le monde savait qu'il était là !
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Niouki Le Labrador
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A la différence de celui-ci et de mon cocker qui étaient encore des chiots à leur arrivée en 1997 et 1999,
notre fox de Suresnes lui, était déjà adulte , il devait avoir deux ou trois ans, nous ne le savions pas exactement lorsque nous le prîmes avec nous.
Ca devait être un bâtard : il était beaucoup plus grand qu'un Fox terrier habituel, et c'est le vétérinaire qui
nous confirma son appartenance à cette variété canine. Ma soeur nous le ramena un jour : elle l'avait acheté à la SPA à Gennevilliers.
Cela faisait depuis ... 1955 ou 1956 ? que nous n'avions plus eu de chien, le dernier un petit chien
noir et blanc , né chez nous avec ses frères et soeurs, frisé, que maman avait baptisé Beebop , issus des amours entre un petit loulou tout noir dont les maîtres habitaient l'
impasse, et de notre petite chienne ratier que l'on nous avait confiée qui s'appelait "Finette" très douce .
Ce pauvre Beebop qui était un véritable compagnon de jeu à mon frère et à moi se fit malheureusement tué par une
voiture, un jeudi après-midi, au-dessus de chez nous.
Cette perte nous marqua pour longtemps.
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Finette, votre serviteur à la casquette et mon grand frère, tous les trois jouant à la terre dans le jardin de devant vers 1952
?
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Beebop dans les fleurs deux ou trois ans plus tard, le fils de Finette ci-dessus
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Mais revenons à ce fox donc que notre soeur nous ramenait alors : il était noir et blanc, de grandes
zones de ces deux couleurs bien séparées ; il avait un collier autour du cou, la tête basse, un regard inquiet, plutot soumis que craintif, comme un soldat provisoirement vaincu,
c'est-à-dire que l'on y devinait un petit air de revanche future.
Plus tard il perdra cet air craintif et deviendra fier comme artaban , se relevant sur ses pattes de derrière à
l'occasion, pour se battre le torse comme un puissant gorille !
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Youcki le redoutable Fox vers 1969 : assez grand pour un fox terrier non ? Le poil de son museau commence à blanchir, mais il est encore
en pleine forme
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Dès la première nuit, il ne fit que tousser, si bien que ma soeur voulait le ramener, mais finalement ... elle
n'en fit rien.
Une voisine nous recommanda un sirop pour les gosses mais nous passâmes outre cette prescription.
Chose curieuse, dès que nous lui retirâmes son collier, sa toux s'arrêta comme par miracle.
Son arrivée à la maison coïncidait avec le retour, un de plus, celui de notre chat noir "mimi-noir" ,
après une énième absence de plus d'un mois : mais cette fois ce pauvre chat revenait à la maison pour mourir.
Leur rencontre chien-chat se fit autour de la gamelle au moment du repas : au départ notre chien eut une
réaction d'agressivité, mais brève et maîtrisée , le chat, je suis encore le mâitre des lieux, paisiblement mal en point le regarda alors, droit dans les yeux et se remit
doucement , péniblement et parcimonieusement à manger sa pitance.
Puis ils se mirent autour d'une table, pour jouer aux cartes.
Les animaux sont aussi capable de compassion !
Notre chat, qui se traînait littéralement avait l'arrière train paralysé, le poil sali et arrâché, et en
quelques jours, il mourût.
De cette nouvelle présence d'un chien, notre jardin s'en trouva rapidement transformé en terrain vague, surtout
que les " terriers" ne se privent pas de faire des trous dès qu'ils ont détecté la présence d'une proie potentielle en sous-sol : il suffisait de lui dire cherche, (sur le ton confidentiel,
ce mot était suggéré), et dès lors monsieur Youki ne faisait pas dans la dentelle : une excavation béante se formait très vite, sorte d'entonnoir duquel ses pattes projetaient en arrière
des salves de terre que nous ne manquions pas de recevoir, aussi, nous nous mettions de côté pour éviter d'être ensevelis.
Bon ! Ca suffit ! A la niche !
Il mangeait le contenu d'une boîte de pâtée, dont le nom de la marque évoquait à la fois un supplice
des Carpathes et un procédé de télévision en couleurs mis au point par nos cousins d'outre-rhin.
C'était une pâtée à la viande, gélatineuse, gluante, qu'il engloutissait avec grande rapidité
et moultes bruissements de mandibule : après quoi nous lui donnions une grande gamelle de flotte.
Il s'avéra vite être un excellent chien de garde, et, bien que d'une taille moyenne, il était capable de
sauter à hauteur d'homme (derrière la barrière rassurez vous) lorsqu'il voyait le facteur déposer le courrier dans la boîte aux lettres laquelle était située à la porte d'entrée en bois, du
jardin de devant.
Il servait de repoussoir aussi, décourageant, dissuadant les démarcheurs et raseurs de tous poils.
Ses bêtes noires, c'étaient les charbonniers qui venaient périodiquement nous livrer l'anthracite et le boulet :
leur venue était attendue, car nous avions pris soin de commander le précieux combustible par téléphone quelques jours avant : vers l'heure dite, nous prenions nos précautions étant à
l'affût du coup de sonnette qui nous préviendrait : nous aurions alors le temps d' attacher le fauve, non pas à sa niche, car il l'aurait traîné derrière lui comme un fétu de paille à travers le
jardin, mais , par une solide chaîne en métal à un tire-bouchon géant vissé en terre !
Les gueules noires pouvaient passer de leur démarche lourde, leur masse puissante chargée comme une mule d'un
sac en toile de jute débordant de charbon .
Venant de la rue, leur camion de livraison était rentré en marche arrière, casquette relevée sur le front tête
tournée et clope au bec, dans l'impasse jusqu'à la hauteur de notre porte en bois.
Après avoir sonné et ouvert la barrière, c'était les allées et venues des charbonniers, une dizaine de passage à
travers le jardin, longeant la maison jusqu'au sas à charbon que ma soeur et moi avions construit, en parpaings et béton, lesquelles étaient ponctuées des aboyements féroces de notre cabot
!
Qu'auraît-il fait si nous l'avions laissé en liberté à ce moment là !
Nous étions vigilant !
Encore fallait-il nous prévenir en n'oubliant pas de sonner !
A la fin de la cérémonie, alors que le cabot ne se calmait pas, le patron charbonnier venait, indifférent au
vacarme, bourru et blasé frapper à la porte : il nous délivrait la facture et nous lui donnions les soussous qui étaient déjà prêt, dans une enveloppe !
J'attendais qu'ils soient bien partis pour relacher le monstre, lequel ne manquait pas d'aller ensuite flaîrer
partout et d'aboyer à la porte, défiant l'envahisseur qui avait osé pénétrer dans son domaine ... Pendant ce temps là je ramassais les quelques morceaux de charbons épars, qui jalonnaient le
chemin du jardin.
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En 1965 je pense, ma grande soeur et Youki le redoutable lequel a le poil bien noir encore !
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Ce chien s'habituait à nous et nous à lui : comme les hivers étaient froids à cette époque, et neigeux, nous lui
avions acheté des petits souliers afin qu'il ne se gèle pas les arpions : des petites bottes en fait comme des petits gants de boxes que nous nouions avec des petits lacets qui en faisaient
parties : je le vois encore, son poil blanc grisâtre à jaune faisant crade sur le blanc immaculé de la neige, sa démarche étrange : il levait alternativement ses quatre pattes très haut, ça
faisait plus que le gêner, c'était quelque chose d'incongru ces chaussures, pour lui !
Nous le prîmes ainsi en photo, document pour le moment je ne retrouve pas, mais je ne désespère pas de la
retrouver !
Il arriva cependant que le livreur oublie d'appuyer sur la sonnette.
A la maison, nous n'avions pas le gaz de ville, nous devions donc nous faire livrer ou bien aller chercher des
bouteilles de gaz butane.
Dans ce genre de bazar ou marchand de couleur, on y trouvait beaucoup de chose : du balais au rateau, en passant
par les marteaux et clous, outil de toute sorte, grillages en rouleaux, produit d'entretien, arrosoirs resplendissants en fer étamé, esprit de sel, white spirit, peintures, eau de javel,
poudre de perlin pimpim, bave de crapeau ménopausé, enfin bref ... souvent comme il n'y a pas assez de place dans ces magasins, une partie de l'attirail à vendre déborde sur le trottoir sans
compter tout ce qui accroché au plafond du magasin.
Il émanait de ces boutiques une ôdeur étrange, agréable vous ne trouvez pas ?
Une ôdeur qui vous donnait envie de bricoler et masquait celle de la Seine, toute proche.
Bref, le marchand de couleur garait ses grosses bouteilles de gaz devant son magasin : quelquefois j'y allais en
chercher une, dans le bas de Nanterre, à quatre kilomètres de là, avec ma brouette en y ramenant la précédente.
Légère comme une plume quand elle était vide, elle était lourde comme un âne lorsqu'elle était
pleine.
Parfois aussi on se faisait livrer, car c'était très loin et nous n'avions pas de voiture, et nous n'aurions pas
pu monter dans le bus avec, ça devait être interdit.
Ce jour là effectivement on se faisait livrer, nous étions avec mon père calmement en train de deviser
j'imagine, peut-être de refaire le monde , enfin bref, nous ne pensions pas spécialement à la bouteille de butane lorsque soudain je vis ce sacré clébard partir comme une fusée, mis en éveil par
je ne sais quel bruit ou odeur que seul lui avait perçu ou détecté.
Alerté, je le suivis et, le spectacle que je vis me glaça de stupeur : notre marchand de
couleur était au bout du jardin, avec la fameuse bouteille de gaz que celui-ci venait nous livrer : mon vilain clébard tournait autour de lui en vociférant, cherchant la faille pour s'introduire
à l'intérieur du cercle de défense pour se jeter sur l'intrus !
Sa tactique d'attaque était claire : tournoyant autour de lui en inversant brusquement le sens de la rotation,
droite gauche gauche droite gauche, accélération, feinte, rebond à droite ... puis cercle complet il finit par trouver le point faible et s'introduisit à l'intérieur du cercle magique,
tandis que, notre livreur, bien que de haute taille, il mesurait presque deux mètres, accoutré en plus d'un tablier de travail qui le protégeait ressemblait par sa posture à un lutteur de sumo
faisant face à l'adversaire ...
Réussissant malheureusement à le pincer , il considéra alors que sa victoire était acquise et vint vers
moi d'un air satisfait tandis que notre livreur posant sa bouteille gémissait d'un air vaincu : ça y est il m'a mordu !
Je bredouillais des excuses tandis que mon chien debout sur ses pattes arrières faisait le V de la victoire !
Quel andouille ce clébard pensais-je !
Je réussis quand même à lui demander : "Mais au fait, vous avez sonné ? Nous attendions votre venue et étions
prêt à attacher le chien"
Il me répondit par l'affirmative et semblait quand même en pétard, mais je restais dubitatif sur sa réponse :
pour moi il n'avait pas sonné.
Un moment interloqué, mon père se rendit quelques instants plus tard chez ce commerçant en taxi, pour s'enquérir
de sa santé et pour le prier de bien vouloir l'excuser.
Finalement il y avait plus de peur que de mal mais désormais il ne vînt plus livrer à la maison et nous restâmes
en bon termes.
Encore des exploits de mon chien: quand certains de nos meilleurs copains venaient à la maison, il était ravi de
les recevoir, car il les reconnaissait, les laissant entrer.
En revanche, quand ils voulaient repartir, Le Chien s'interposait entre eux et la porte, les retenant même
par les vêtements.
Pour essayer un tant soit peu de maintenir le jardin en état nous avions construit une petite barrière en bois à
un endroit stratégique plutôt étroit, sorte de goulet qui faisait une séparation entre le jardin de devant et le jardin de derrière : tandis que le jardin de devant était devenu son domaine,
cratères de lunes, déjections canines, herbes rases, arbres pétrifiés de surprise, le jardinde derrière était un véritable oasis où coulaient le lait et le miel, respirant la nature, l'ordre, où
prospéraient les légumes les fleurs et les fruits.
Il fallait protéger cet Eden des ravages d' Attila.
Le bougre finit par trouver la faille, agrandissant grâce à son museau pointu, arrivant à s'y faufiler,
l'interstice entre la porte et un poteau en ciment.
Cependant il ne nous ravagea point le jardin mais utilisa ce passage pour sortir carrément de la maison en se
faufilant derrière une haie de lilas qui était suffisante d'après nous pour faire barrière.
Alors qu'il avait disparu depuis plusieurs jours, nous partîmes à sa recherche en 4L avec mon frère et ma
soeur.
Nous le retrouvâmes sur les pentes du Mont Valo, près d'un Monument aux Morts, non loin de la route d'accès au
fort, sous les grands peupliers où s'épanouissent des boules de gui.
Il vadrouillait en compagnie d'un chien genre berger allemand, un compagnon d'errance ; il prit congé et revînt
vers nous l'air contrit dès qu'il nous vit et monta sans rechigner à l'arrière de la voiture.
Au fur et à mesure des années il prenait de la bouteille, son poil noir devenant poivre et sel et gagnait en
placidité : ce n'était pas trop tôt.
Désormais longeant le grillage du jardin de devant il quémandait des friandises aux moutards de nos
voisins.
Nous sûmes un peu tard qu'il avalait en peu de temps des quantités conséquentes de morceaux de sucre à travers
le grillage, chose qu'il est difficile à un chien de refuser.
De bien portant ce pauvre animal devînt obèse et commençait à s'essouffler, les balades qu'on lui faisait
faire devenaient, par la force des choses, plus courtes.
Il buvait comme un trou, il avait une soif inextinguible.
Le vétérinaire nous apprit que ce pauvre chien était diabétique désormais et nous prescrivit pour lui des
piqûres d'insuline.
En septembre 1971, partant travailler, le pauvre était étendu sur le côté, respirant péniblement, je lui dis
Adieu, me doutant que je ne le reverrai pas vivant.
En fin d'après midi, ma soeur me passa un coup de fil pour me dire qu'il était mort.