Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 00:51

Ils étaient montés à Linz, trois hommes d'une trentaine ou quarantaine d'année, au teint halé, vêtus commes des paysans partant au marché, avec des bagages  bien bourrés.
Ils parlaient bruyamment et joyeusement entre eux et vers l'heure du midi, avaient déballé leurs victuailles, charcuteries, diverses choses : je pense qu'ils devaient être yougoslaves, certainement des ouvriers agricoles  allant effectuer un travail saisonnier, ou en revenant, ou encore allant en effectuer un autre ...
Ils mangeaient de bon appétit, coupant la boustifaille sans ménagement, au couteau.

Ils nous proposèrent à la fin de leurs agapes un petit coup de leur boisson d'enfer qu'ils buvaient goulûment se repassant la bouteille,  au goulot.
Nous refusâmes poliment, avec le sourire, qu'ils nous rendirent, grâcieusement.

Puis nos regards se perdirent dans la campagne qui fuyait au dehors , se renouvelant sans cesse, au rythme cadencé du train ...

Depuis Vienne, le paysage défilait rapidement et nous avions pu admirer une heure auparavant l'Abbaye de Melk,  une trentaine de kilomètres après Sankt Pölten, gare où le train s'était arrêté.
Ce monastère était un  magnifique et imposant bâtiment d'aspect baroque,  de couleur ocre,  flanqué de deux longues ailes.

 

Rappel : toutes les photos publiées sur ce  blog sont des photos effectuées par moi-même et m'appartiennent donc en propre

 

Sankt Pölten, Autriche
 l'Abbaye de Melk, cliché personnel pris par moi depuis le compartiment du train

 


Pendant longtemps sa silhouette remarquable domina l'horizon, puis s'amenuisa progressivement, pour finir par se fondre dans le vert du paysage, et disparaître au hasard d'une courbe de la voie ....

Nous ramenions  de notre séjour d'une semaine à Vienne de beaux souvenirs.

Une semaine plus tôt, nous étions partis de Paris gare de l'Est,  passant par Stuttgart, Mannheim, Munich, Salzbourg, Linz, pour arriver à Vienne aux alentours de midi.

Nous  trouvâmes rapidement  non loin de la Gare  un hotel bon marché situé au bord d'une artère où les voitures s'en donnaient à coeur joie.
Il fallait redoubler d' attention en traversant.

A l'aide d'un plan nous trouvâmes rapidement qu'il fallait emprunter la Mariahilferstrasze pour rejoindre la Babenbergerstrasze, puis passant  devant l' Ecole d'Equitation Espagnole, la spanische hofreitschule, nous atteindrions le Graben.

 

 

Wien3 la Pestsäule aout 1975
 La Pestsäule cliché personnel

Cette semaine du moi d'août 1975, nous fîmes chaque jour ce trajet à pieds, revenant parfois en transport en commun, mais la circulation à Vienne était difficile car ils étaient en train de refaire le métro.

Wien6 LE dANUBE aout 1975
 Sur les bords du Danube cliché personnel

 

Wien 5 Eglise Saint-François d'Assise aout 1975
 Eglise Saint-François d'Assise aout 1975, sur le bord du Danube à Vienne , je me souviens que ce bateau de plaisance, amarré au quai, que l'on voit là était un bateau soviétique. CLICHE PERSONNEL

 

On voit cette église dans le célèbre film "Le troisième Homme", en fonds derrière un pont qui enjambe le Danube : ce pont devait se situer à la limite d'un secteur : en effet Vienne était comme Berlin divisée en quatre secteurs alloués aux Brittaniques, Américains, Français et Soviétiques.

 

Très bon souvenir de ce film lugubre.

 

Wien Le Belvédère214 aout 1975-copie-1
 Depuis le "Belvédère" cliché personnel

 

Wien le Belvédère26 aout 1975-copie-1
 Le Belvédère cliché personnel

 

Wien GrandeRoue du Prater217 aout 1975
 Dans la Grande Roue du Prater cliché personnel

 

Wien le Rathaus 8 aout 1975
 L' Hotel de Ville cliché personnel

 

Wien Karlskirche10 aout 1975
 Karlskirche cliché personnel

 

 

Wien Opera28 AOUT 1975
 L'Opéra de Wien, au milieu des travaux cliché personnel

 

Wien4 Stephansdom aout 1975
 Depuis les toits de la cathédrale Saint-Etienne cliché personnel

 

 Grinzing

Nous passâmes un bel après-midi dans le village de Grinzing où nous emmena un bus qui n'en finissait pas de grimper dans ce village pittoresque incorporé à Vienne.

Nous y vîmes une maison où demeura un temps Ludwig Van Beethoven.

cliché personnel

 

Wien23 aout 1975
Schonbrunn cliché personnel

 

Wien12 aout 1975-copie-1
Le Parlement cliché personnel
Par biloba31 - Publié dans : VOYAGES - Communauté : Souvenirs d'hier et d'avant
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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 15:50

Vraiment un temps d'hiver, ce vendredi 13 janvier, cela fait quelques jours que l'on ne voit pas le soleil, aussi la température diurne n'excède-t'elle pas cinq degrés, tandis que la nuit,  elle avoisine le zéro.
Peu de vent mais l'air est humide, l'atmosphère est brumeuse.

SOLEIL FROID DE JANVIER 2012

Nous nous rendons  donc au centre ville, à pieds.
D'un coté, le parking de la cité universitaire de l'Arsenal, où se déroulent depuis environ six mois des fouilles archéologiques avant la construction à cet endroit de l'Ecole d'Economie de Toulouse, et où cent cinquante tombes ont été découvertes, datant des quatrième et cinquième siècles de notre ère : des tombes gallo-romaines, et non de notables wisigoths comme on aurait pu le supposer du fait de la proximité du lieu sur lequel était bâti l'ancien palais des rois Goths.





De l'autre côté, le début du canal de Brienne et l'écluse Saint-Pierre : là aussi, des travaux de réfections des portes des écluses ont lieu.
Il y a un peu plus d'une semaine,  quelques cinquante mètres avant l'écluse, les allées bordant le canal ont été fermées et la petite porte du bief aussi.
Pour ce faire, l' administration des voies navigables de France a posé des batardeaux s'empilant les uns sur les autres qui sont ensuite bâchés pour augmenter l'étanchéité recherchée.
Ils sont alignés parfaitement dans des veines taillées à cet effet par les concepteurs du canal qui avaient pensé qu'il faudrait bien de temps en temps vider le bief.
Ce dernier est alors vidé par l'action de pompes qui déversent l'eau au delà de la petite passerelle formant l'une des deux portes, dans le canal de Brienne.

 SYPHONNAGE DU BIEF 3
 Les pompes syphonnent l'eau du bief
 SYPHONNAGE DU BIEF 4
 et la rejettent dans le canal de Brienne
 SYPHONNAGE DU BIEF 2
 Les batardeaux sont recouverts d'une bâche



Abandonnant ce spectacle, nous aurions pu suivre le fleuve le long du quai Lucien Lombard pour rejoindre la Daurade, mais
nous continuons notre chemin traversant la Place Saint Pierre préférant passer par la résidence des Fontaines de Larrey non loin des églises Saint-Pierre des Cuisines et  Notre Dame des Chartreux pour rejoindre la rue des Blanchers, petite ruelle étroite .

La rue des Blanchers, bordées de part et d'autres de vieilles maisons d'aspect rustique agrémentées de quelques échoppes artisanales ou de petits restau, est parallèle au fleuve.
Nous sommes rapidement à la Daurade, peu de monde avec ce temps, et la proximité du fleuve gris ne réchauffe pas l'air ambiant.
Les volets verts de certains restaurants et bars, sur la place, jurant sur le rouge brique des façades, font leur effet, réussi.

 

RUE DES BLANCHERS 1
 
 La rue des blanchers, qui amène de la Place Saint Pierre à la Place de la Daurade

 

PLACE DE LA DAURADE
 Sur la Place de la Daurade, le fleuve est à gauche et l'église de la Daurade, derrière nous



Passant derrière l'église de la Daurade pour nous soustraire à un courant d'air froid généré par la Garonne, nous prenons la rue de la Daurade puis la rue Peyrolières pour arriver rue de Metz jusqu'à la place Esquirol : là nous entrons dans un magasin de bricolage, de décoration et d'équipement bien connu à Toulouse et où l' on trouve tout.

Une demie-heure après,  nous en ressortons pour nous diriger via la rue Alsace, vers les Galeries Lafayettes.

La rue Alsace, dont la seconde réfection , après celle de 2007-2008, est presque achevée,  est pour une large part une rue piétonne où cependant des voitures et autres véhicules peuvent s'aventurer, il faut donc être vigilant, néanmoins on y circule aisément et ce jour là il y avait foule bien que nous fussions en début d'après-midi.

 

 

RUE ALSACE
 La rue Alsace en regardant vers le Nord, et ses jeunes arbres fraîchement plantés.

 


Nous passons devant la rue Antonin Mercié où notre  curiosité est attirée par un fronton d'église qui émerge des toits environnants, mais la façade se confond dans la diversité des immeubles de la rue.

 

CHAPPELLE JEAN BAPTISTE 1
 La Chapelle Saint Jean Baptiste

 

CHAPPELLE JEAN BAPTISTE 3
 La chapelle Saint Jean Baptiste, insérée dans les immeubles

 

 


C'est la chapelle Saint-Jean Baptiste, je prends quelques clichés de ce lieu de culte lequel,  d'après la documentation,  fût bénit le 7 Aout 1827, en remplacement d'un autre édifice religieux à la même dédicace, détruit pendant la Révolution, mais qui se trouvait à un endroit différent (source Wikipedia).

Remontant la rue Alsace très animée du fait des soldes,  par ce temps d'hiver  bercé par l'accordéon qui valse la nostalgie de sa musique, tiens, une valse, les pas de la foule emmitouflée semblent rythmés par sa musique et cela évoque la période de Noel toute proche  et le souvenir du marché qui a replié boutique dès le 1er janvier,  Place du Capitole,   est encore présent dans notre mémoire.

Aux Galeries Lafayette, une seule chose nous intéresse : la recherche d'un sac à main ; non ce n'est pas pour moi ... beaucoup de monde ... essentiellement une clientèle féminine, qui regarde, choisit, palpe les articles, hésite, puis achète : il y a pas mal de monde aux caisses, je regarde les articles, certains sont pas mal, d'autres ne me plairaient pas, les porte-monnaie, les portes clefs, les portefeuilles ...

Dehors, de l'autre côté du trottoir, une cinquantaine de mètres plus au nord, la réfection du square Charles-de -Gaulle est presque achevée : les escaliers attenants au métro ont été refaits : les marches initiales étaient mal conçues pour l'usage, marches trop petites, escaliers trop à pic ... le jardin a été redessiné, de nouvelles essences d'arbres ont été plantées.
Le tout sera terminé ce printemps.

Après être passés par la pharmacie place du Capitole, alors que la librairie Castéla solde tout pour cause de cessation d'activité à la mi-février, nous empruntons la rue Romiguières puis la rue Deville, et, arrivant  à la place Anatole France, nous prenons sur la gauche  la rue Valade, au bout de laquelle, alors que nous allons atteindre la Place Saint Pierre, se trouve l'église Saint-Pierre des Chartreux.

 

SHOPPING ST PIERRE DES CHARTREUX 2
 Saint Pierre des Chartreux
 ST PIERRE DES CHARTREUX 2
 St Pierre des Chartreux, depuis les jardins de l'Arsenal

 


Cette église dont la construction remonte au début du XVII° siècle, a été édifiée par des frères chartreux chassés de Castres par les protestants (source : Wikipedia) mais elle ne fut dédié à Saint-Pierre qu'à partir de 1792 car l'église voisine, Saint-Pierre des Cuisines, ( aujourd'hui un auditorium), et son couvent avaient été transformés en arsenal. (source : Wikipedia).

LES PYRENEES DEPUIS LE PONT ST PIERRE
 Les Pyrénées derrière les toits du quartier Saint-Cyprien, rive gauche, cliché fait depuis le Pont Saint Pierre




Par biloba31 - Publié dans : TOULOUSE - Communauté : environs de Toulouse
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 01:25

J'écoute une douce mélodie d'Irlande , tendre,  émouvante et caressante, , jouée à la harpe, à la flûte et au violon, loin d'ici,  prairies moussues clignantes de soleil et d'ombres , au bord  d'une mer écumeuse , pour m'emmener ailleurs, à partir de ce lieu sauvage, vers où ces nuages viennent poussés par un vent froid et déchiré.
Elle me parle d'un pays que je ne connais pas mais dont je rêve fait de douceur de simplicité et de mélancolie
Suivant ce mur qui n'est pas une frontière, mais une direction à suivre, j'y arriverai peut-être ?

 

LE MUR 8

 


De la route à chaque fois je le remarque et j'admire le bel ordonnancement des pierres qui le constituent, cette belle régularité dûe à rien de régulier précisemment, ces arbres qui le bordent, courbés par le vent de nord-ouest.

 

LE MUR 5

 

Aujourd hui je me suis arrêté, j'ai franchi des fossés pour m'en approcher, pour pouvoir l'admirer de plus près, j'ai entendu le vent violent hurler dans les arbres, siffler sur les pierres, tandis que les vaisseaux de nuées filaient vers l'endroit que je fuyais.

 

"Eleanor Plunkett " traditionnel irlandais

LE MUR 6


Par biloba31 - Publié dans : REVERIES - Communauté : environs de Toulouse
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Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 00:40

En 1974 profitant d'un long week end, en effet le 11 novembre serait un lundi, nous partîmes en balade pour Londres en train, directement après le travail.
Le Silver Arrow partant de la gare du Nord était bondé et il y avait des passagers même dans les toilettes des voitures.
Nous effectuâmes le trajet debouts.
Deux heures après nous étions arrivés à Boulogne et montions dans le Ferry qui devait nous amener à Douvres.
La traversée, assez longue,  se fit sans problème mais le bateau était plein.

Enfin le ferry arrivait à quai et nous nous levâmes,  bagages à la main , nous pressant vers la sortie du navire, comme tous les passagers.
Il y avait du monde.
Nous attendîmes ainsi plus de deux heures debout : en effet il y avait une grève du personnel au port de Douvres : longue attente inquiétante,énervante, dehors des bruits sourds, métalliques heurtaient la coque du navire, bruits qui se répétaient sans cesse, peut-être aménageaient t'ils la passerelle et que nous allions enfin sortir ?

Les portes finirent quand même par s'ouvrir tandis que déchaînés les passagers entonnaient la Marseillaise : nous avions le sentiment que les autorités et le personnel du port de Douvres se foutaient ouvertement de nous !

C'était à nouveau la conquête de l' Angleterre par une marée hurlante d'exaspération !

Suivant le mouvement nous nous engoufrâmes dans la brèche et bientôt nous arpentions d'un pas vif, nous dégourdissant les jambes,  un long couloir qui devait être une passerelle de débarquement semblable à celle d'un avion : par une des fenêtres je pouvais voir une haute falaise crayeuse émerger de la nuit finissante brouillardeuse et très fraîche !

Suivant les flèches, nous arrivâmes bientôt après être passés sur une passerelle au dessus des rails au quai où nous attendait, très bien chauffé le train en partance pour Londres , gare de Victoria.
Nous montâmes dans un wagon, nous installant dans  un compartiment dont les sièges et les dossiers très confortables, étaient en tissus rembourré.
Quelle bonne surprise après ce voyage harassant effectués presque toujours debouts !

Tandis que le doux ronron du train en attente commençait à nous bercer, la tiédeur du compartiment et le confort indéniable des sièges nous invitaient au sommeil.
Ah ! Que ça faisait du bien de pouvoir enfin s'endormir, alors que le quai commençait doucement à glisser, en silence ...

Soudain je  me défendais toutes griffes dehors du monstre qui voulait m'attaquer, en un rugissement féroce qui surprit et fit sursauter mon vis à vis ... Il esquissa un sourire, très british ... Je venais de faire un cauchemard tandis que le paysage du Kent défilait à nos fenêtres ...

Il faisait jour à présent : un temps gris, le train parcourait les 130 kilomètres de la campagne anglaise qui nous séparaient de la Capitale,  des champs entrecoupés de bourgs avec leurs maisons de briquettes se ressemblant toutes, collées les unes aux autres formant de longs serpentins... puis la nature ,  à nouveau.

Puis peu à peu, le tissus urbain à l'aspect typique de ce pays se densifiait tandis que le train filait encore à vive allure !

 

Londres 5 novembre 1974
 bus à impériale

 


Nous débarquâmes à Victoria Station, que je connaissais un peu suite au séjour que j'avais fait dans le quartier de Westminster avec mon père dans les années soixante.
Naturellement je nous emmenais vers le quartier de Belgrave où nous trouvâmes facilement un hôtel : une petite chambre des escaliers étroits et une ôdeur d'oeufs au bacon qui règnait dans les couloirs : nous nous débrouillâmes très bien en anglais avec le gérant qui corrigeait gentîment nos fautes .

 

White Hall 2 novembre 1974
 Horses Guards à WhiteHall

 

Londres4 novembre1974
 La colonne Nelson à Trafalgar Square


C'était un week end de visites : pendant ces journées bruineuses et pluvieuses nous allâmes à pieds en remontant Victoria Street jusqu'à l'Abbaye de Westminster dont les cloches sonnaient à toutes volées un carillon typiquement britannique, longeant la Tamise admirant le Parlement, c'est à dire le Palais de Westminster et son fameux campanile abritant Big Ben, puis Buckingham Palace pour assister à la célèbre relève de la garde, Hyde Park et sa rivière serpentine, Trafalgar Square et sa colonne Nelson, White Hall et ses Horses Guards, le 10 Downing street, j'en passe , la Tour de Londres ... évidemment nous ne pouvions pas tout voir et nous nous promettions d'y revenir,  ce que nous ferons quinze années plus tard, avec les enfants encore petits.

 

Londres2 novembre 1974
 10 Downing street
Par biloba31 - Publié dans : LA VIE A DEUX - Communauté : Souvenirs d'hier et d'avant
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Lundi 26 décembre 2011 1 26 /12 /Déc /2011 22:25

Mon cocker de douze ans est un  gourmand : à chaque fois que je mange un yaourt, il vient à mes pieds et attend que je finisse pour me demander à lécher le pot vide.

Il est seul maintenant, survivant à son aîné, un labrador qui avait deux ans de plus que lui.

 

 

 

Pocker cuisine1
 Pocker dans la cuisine


 

Lui aussi venait pour le pot de yaourt.

L'expression du visage de notre labrador m'a toujours fait penser à celle qu'avait  mon fox terrier,  le chien que j'avais lorsque j'habitais Suresnes dans les années soixante.
Je retrouvais en effet dans son visage l'expression,  l'air goguenard,  la tranche de jambon en bandoulière, le sourire au museau, parfois rentrant brusquement sa langue dans un "glop" brisant pour un temps son halètement continuel, tout en baissant les yeux  comme si , tout d'un coup, il pensait à autre chose, ce labrador était cependant   beaucoup plus placide bien que très dominant lorsqu'il croisait un de ses congénères ; avec nous aimable et obéissant, silencieux et pensif, mais infernal chez le véto ma chère madame !
Tout le monde savait qu'il était là !

 

 Niouki Mazamet1 
 Niouki Le Labrador

 

 

 

A la différence de celui-ci et de mon cocker qui étaient encore des chiots à leur arrivée en 1997 et 1999,  notre fox de Suresnes lui,   était déjà adulte , il devait avoir deux ou trois ans, nous ne le savions pas exactement lorsque nous le prîmes avec nous.
Ca devait être un bâtard : il était beaucoup plus grand qu'un Fox terrier habituel, et c'est le vétérinaire qui nous confirma son appartenance à cette variété canine. Ma soeur  nous le ramena un jour : elle l'avait acheté à la SPA à Gennevilliers.


Cela faisait depuis ... 1955 ou 1956  ? que nous n'avions plus eu de chien, le dernier un petit chien  noir et blanc , né chez nous avec ses frères et soeurs, frisé, que maman avait baptisé Beebop , issus des amours entre un petit  loulou tout noir dont les maîtres habitaient l' impasse,  et de notre petite chienne ratier que l'on nous avait confiée qui s'appelait "Finette" très douce .
Ce pauvre Beebop qui était un véritable compagnon de jeu à mon frère et à moi se fit malheureusement tué par une voiture, un jeudi après-midi,  au-dessus de chez nous.
Cette perte nous marqua pour longtemps.

 

 

PatBerFinetteNanterre.jpg
 Finette, votre serviteur à la casquette et mon grand frère, tous les trois jouant à la terre dans le jardin de devant vers 1952 ?
 Beebop.jpg
 Beebop dans les fleurs deux ou trois ans plus tard, le fils de Finette ci-dessus

 

 

Mais revenons à ce fox donc que notre soeur nous ramenait alors  : il était  noir et blanc, de grandes zones de ces deux couleurs bien séparées ;  il avait un collier autour du cou, la tête basse, un regard inquiet, plutot soumis  que craintif, comme un soldat provisoirement vaincu, c'est-à-dire que l'on y devinait un petit air de revanche future.
Plus tard il perdra cet air craintif et deviendra fier comme artaban , se relevant sur ses pattes de derrière à l'occasion, pour se battre le torse comme un puissant gorille !

 

 

youki1969.jpg
 Youcki le redoutable Fox vers 1969 : assez grand pour un fox terrier non ? Le poil de son museau commence à blanchir, mais il est encore en pleine forme


 

Dès la première nuit, il ne fit que tousser, si bien que ma soeur voulait le ramener, mais finalement ... elle n'en fit rien.
Une voisine nous recommanda un sirop pour les gosses mais nous passâmes outre cette prescription.
Chose curieuse,  dès que nous lui retirâmes son collier, sa toux s'arrêta comme par miracle.

 

 


Son arrivée à la maison coïncidait avec le retour, un de plus, celui de notre chat noir "mimi-noir" ,  après une énième absence de plus d'un mois : mais cette fois ce pauvre chat revenait à la maison pour mourir.

Leur rencontre chien-chat se fit autour de la gamelle au moment du repas : au départ notre chien eut une réaction d'agressivité, mais  brève et maîtrisée ,  le chat, je suis encore le mâitre des lieux,  paisiblement mal en point le regarda alors, droit dans les yeux  et se remit doucement , péniblement et parcimonieusement à manger sa pitance.
Puis ils se mirent autour d'une table, pour jouer aux cartes.
Les animaux sont aussi capable de compassion !

 

 



Notre chat, qui se traînait littéralement avait l'arrière train paralysé, le poil sali et arrâché, et en quelques jours, il mourût.

De cette nouvelle présence d'un chien, notre jardin s'en trouva rapidement transformé en terrain vague, surtout que les " terriers" ne se privent pas de faire des trous dès qu'ils ont détecté la présence d'une proie potentielle en sous-sol : il suffisait de lui dire cherche, (sur le ton confidentiel,  ce mot était suggéré), et dès lors monsieur Youki ne faisait pas dans la dentelle : une excavation béante se formait très vite,  sorte d'entonnoir duquel ses pattes projetaient en arrière des salves de terre que nous ne manquions pas de recevoir, aussi, nous nous mettions de côté pour éviter d'être ensevelis.
Bon ! Ca suffit ! A la niche !

Il mangeait  le contenu d'une boîte de pâtée, dont le nom de  la marque évoquait à la fois un supplice des Carpathes et un procédé de télévision en couleurs mis au point par nos cousins d'outre-rhin.
C'était  une pâtée à la viande,  gélatineuse, gluante,  qu'il engloutissait avec grande rapidité et moultes bruissements de mandibule : après quoi nous lui donnions une grande gamelle de flotte.



Il s'avéra vite être un excellent chien de garde, et,  bien que d'une taille moyenne, il était capable de sauter à hauteur d'homme (derrière la barrière rassurez vous) lorsqu'il voyait le facteur déposer le courrier dans la boîte aux lettres laquelle était située à la porte d'entrée en bois, du jardin de devant.

Il servait de repoussoir aussi, décourageant, dissuadant les démarcheurs et raseurs de tous poils.

Ses bêtes noires, c'étaient les charbonniers qui venaient périodiquement nous livrer l'anthracite et le boulet : leur venue était attendue, car nous avions pris soin de  commander le précieux combustible par téléphone quelques jours avant : vers l'heure dite, nous prenions nos précautions étant à l'affût du coup de sonnette qui nous préviendrait : nous aurions alors le temps d' attacher le fauve, non pas à sa niche, car il l'aurait traîné derrière lui comme un fétu de paille à travers le jardin, mais ,  par une solide chaîne en métal à un tire-bouchon géant vissé en terre !

Les gueules noires pouvaient passer de leur démarche lourde, leur masse puissante chargée comme une mule d'un sac en toile de jute débordant de charbon .

Venant de la rue, leur camion de livraison était rentré en marche arrière, casquette relevée sur le front tête tournée et clope au bec,  dans l'impasse  jusqu'à la hauteur de notre porte en bois.
Après avoir sonné et ouvert la barrière, c'était les allées et venues des charbonniers, une dizaine de passage à travers le jardin, longeant la maison jusqu'au sas à charbon que ma soeur et moi avions construit, en parpaings et béton, lesquelles étaient ponctuées des aboyements féroces de notre cabot !

Qu'auraît-il fait si nous l'avions laissé en liberté à ce moment là !
Nous étions vigilant !
Encore fallait-il nous prévenir en n'oubliant pas de sonner !

A la fin de la cérémonie, alors que le cabot ne se calmait pas, le patron charbonnier venait, indifférent au vacarme, bourru et blasé frapper à la porte : il nous délivrait la facture et nous lui donnions les soussous qui étaient déjà prêt, dans une enveloppe !

J'attendais qu'ils soient bien partis pour relacher le monstre, lequel ne manquait pas d'aller ensuite flaîrer partout et d'aboyer à la porte, défiant l'envahisseur qui avait osé pénétrer dans son domaine ... Pendant ce temps là je ramassais les quelques morceaux de charbons épars, qui jalonnaient le chemin du jardin.

 

youki1965.jpg
 En 1965 je pense, ma grande soeur et Youki le redoutable lequel a le poil bien noir encore !

 


Ce chien s'habituait à nous et nous à lui : comme les hivers étaient froids à cette époque, et neigeux, nous lui avions acheté des petits souliers afin qu'il ne se gèle pas les arpions : des petites bottes en fait comme des petits gants de boxes que nous nouions avec des petits lacets qui en faisaient parties : je le vois encore, son poil blanc grisâtre à jaune faisant crade sur le blanc immaculé de la neige, sa démarche étrange : il levait alternativement ses quatre pattes très haut, ça faisait plus que le gêner, c'était quelque chose d'incongru ces chaussures, pour lui !

Nous le prîmes ainsi en photo, document pour le moment je ne retrouve pas, mais je ne désespère pas de la retrouver !

Il arriva cependant que le livreur oublie d'appuyer sur la sonnette.

A la maison, nous n'avions pas le gaz de ville, nous devions donc nous faire livrer ou bien aller chercher des bouteilles de gaz butane.
Dans ce genre de bazar ou marchand de couleur, on y trouvait beaucoup de chose : du balais au rateau, en passant par les marteaux et clous, outil de toute sorte, grillages en rouleaux, produit d'entretien, arrosoirs resplendissants en fer étamé, esprit de sel, white spirit, peintures, eau de javel,  poudre de perlin pimpim, bave de crapeau ménopausé, enfin bref ... souvent comme il n'y a pas assez de place dans ces magasins, une partie de l'attirail à vendre déborde sur le trottoir sans compter tout ce qui accroché au plafond du magasin.

Il émanait de ces boutiques une ôdeur étrange, agréable vous ne trouvez pas ?
Une ôdeur qui vous donnait envie de bricoler et masquait celle de la Seine, toute proche.

Bref, le marchand de couleur garait ses grosses bouteilles de gaz devant son magasin : quelquefois j'y allais en chercher une, dans le bas de Nanterre, à quatre kilomètres de là, avec ma brouette en y ramenant la précédente.
Légère comme une plume quand elle était vide, elle était lourde comme un âne lorsqu'elle était pleine.

Parfois aussi on se faisait livrer, car c'était très loin et nous n'avions pas de voiture, et nous n'aurions pas pu monter dans le bus avec, ça devait être interdit.

Ce jour là effectivement on se faisait livrer, nous étions avec mon père calmement en train de deviser j'imagine, peut-être de refaire le monde , enfin bref, nous ne pensions pas spécialement à la bouteille de butane lorsque soudain je vis ce sacré clébard partir comme une fusée, mis en éveil par je ne sais quel bruit ou odeur que seul lui avait perçu ou détecté.

Alerté,  je le suivis et,  le spectacle que je vis me glaça  de stupeur : notre marchand de couleur était au bout du jardin, avec la fameuse bouteille de gaz que celui-ci venait nous livrer : mon vilain clébard tournait autour de lui en vociférant, cherchant la faille pour s'introduire à l'intérieur du cercle de défense pour se jeter sur l'intrus !
Sa tactique d'attaque était claire : tournoyant autour de lui en inversant brusquement le sens de la rotation, droite gauche gauche droite gauche, accélération, feinte, rebond à droite ... puis cercle complet  il finit par trouver le point faible et s'introduisit à l'intérieur du cercle magique, tandis que, notre livreur, bien que de haute taille, il mesurait presque deux mètres, accoutré en plus d'un tablier de travail qui le protégeait ressemblait par sa posture à un lutteur de sumo faisant face à l'adversaire ...
Réussissant malheureusement à le pincer , il considéra alors que sa victoire était acquise et vint  vers moi d'un air satisfait tandis que notre livreur posant sa bouteille gémissait d'un air vaincu : ça y est il m'a mordu !
Je bredouillais des excuses tandis que mon chien debout sur ses pattes arrières faisait le V de la victoire ! Quel andouille ce clébard pensais-je !

Je réussis quand même à lui demander : "Mais au fait, vous avez sonné ? Nous attendions votre venue et étions prêt à attacher le chien"
Il me répondit par l'affirmative et semblait quand même en pétard, mais je restais dubitatif sur sa réponse : pour moi il n'avait pas sonné.

Un moment interloqué, mon père se rendit quelques instants plus tard chez ce commerçant en taxi, pour s'enquérir de sa santé et pour le prier de bien vouloir l'excuser.

Finalement il y avait plus de peur que de mal mais désormais il ne vînt plus livrer à la maison et nous restâmes en bon termes.

Encore des exploits de mon chien: quand certains de nos meilleurs copains venaient à la maison, il était ravi de les recevoir, car il les reconnaissait, les laissant entrer.
En revanche, quand ils voulaient repartir,  Le Chien s'interposait entre eux et la porte, les retenant même par les vêtements.

Pour essayer un tant soit peu de maintenir le jardin en état nous avions construit une petite barrière en bois à un endroit stratégique plutôt étroit, sorte de goulet qui faisait une séparation entre le jardin de devant et le jardin de derrière : tandis que le jardin de devant était devenu son domaine, cratères de lunes, déjections canines, herbes rases, arbres pétrifiés de surprise, le jardinde derrière était un véritable oasis où coulaient le lait et le miel, respirant la nature, l'ordre, où prospéraient les légumes les fleurs et les fruits.
Il fallait protéger cet Eden des ravages d' Attila.

Le bougre finit par trouver la faille, agrandissant grâce à son museau pointu, arrivant à s'y faufiler,  l'interstice entre la porte et un poteau en ciment.
Cependant il ne nous ravagea point le jardin mais utilisa ce passage pour sortir carrément de la maison en se faufilant derrière une haie de lilas qui était suffisante d'après nous pour faire barrière.

Alors qu'il avait disparu depuis plusieurs jours, nous partîmes à sa recherche en 4L avec mon frère et ma soeur.
Nous le retrouvâmes sur les pentes du Mont Valo, près d'un Monument aux Morts, non loin de la route d'accès au fort, sous les grands peupliers où s'épanouissent des boules de gui.
Il vadrouillait en compagnie d'un chien genre berger allemand, un compagnon d'errance ; il prit congé et revînt vers nous l'air contrit dès qu'il nous vit et monta sans rechigner à l'arrière de la voiture.

Au fur et à mesure des années il prenait de la bouteille, son poil noir devenant poivre et sel et gagnait en placidité : ce n'était pas trop tôt.

Désormais longeant le grillage du jardin de devant il quémandait des friandises aux moutards de nos voisins.

Nous sûmes un peu tard qu'il avalait en peu de temps des quantités conséquentes de morceaux de sucre à travers le grillage, chose qu'il est difficile à un chien de refuser.
De bien  portant ce pauvre animal devînt obèse et commençait à s'essouffler, les balades qu'on lui faisait faire devenaient,  par la force des choses,  plus courtes.
Il buvait comme un trou, il avait une soif inextinguible.

Le vétérinaire nous apprit que ce pauvre chien était diabétique désormais et nous prescrivit pour lui des piqûres d'insuline.

En septembre 1971, partant travailler, le pauvre était étendu sur le côté, respirant péniblement, je lui dis Adieu, me doutant que je ne le reverrai pas vivant.
En fin d'après midi, ma soeur me passa un coup de fil pour me dire qu'il était mort.




Par biloba31 - Publié dans : ANNEES SOIXANTE - Communauté : Souvenirs d'hier et d'avant
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