Je ne sais plus à partir de quand exactement, vers l'age de huit ou neuf ans, je dus aller au
catéchisme à Sainte-Bernadette, chapelle située dans la deuxième partie de la rue Paul-Vaillant Couturier, à Nanterre, directement sur les pentes nord du Mont-Valérien, à sept cent mètres
de chez moi qui habitais en haut de la rue Daniel Becker.
Je pense que c' est durant la période 1957-1960.
J'y retrouvais quelques camarades d'école, certains qui étaient désormais à l'école Romain Rolland, nouvelle
école construite entre la rue de Suresnes et la rue des Plaideurs, et d'autres comme moi qui étaient restés à l'école Jules Ferry.
Nous étions environ une quinzaine.
J'y allais le jeudi matin mais aussi certaines fois en fin d'après-midi, après l'école ou le Lycée lorsque
j'étais en sixième.
C'était les concierges de l'église logés dans cette petite maison située à l'entrée qui
accueillaient les enfants : l'un comme l'autre étaient assez âgés.
L'homme, petit, portait toujours un béret noir sur ses cheveux gris argentés tirés en arrière, et
souvent avait la clope au bec.
Outre leur rôle de gardiens, ils devaient aussi s'occuper des affaires de linges, habits sacerdotaux et repas
de Monsieur l'Abbé.
C'était deux petits vieux sympas.
On nous y enseignait l'Histoire Sainte , les Evangiles et la signification des sacrements, les prières que
nous récitions ensemble, après quoi on nous interrogeait pour vérifier l'état de nos connaissances.
On nous donnait des leçons à retenir.
Ce n'était pas ennuyeux, mais instructif.
Le catéchisme préparait à la Confirmation, et aux Communions privée et solennelle.
Il m'est revenu que pendant un certain temps, les séances de catéchismes avaient lieu le soir : je pense que
c'était avant la communion solennelle.
Plus tard j'y allais encore, alors que j'étais au Lycée, mais c'était chez la bonne dame qui organisait les
quêtes le dimanche, dont j'ai parlé dans un autre article
et qui devait habiter vers la rue des Plaideurs.
A Sainte-Bernadette, durant ces matinées ou ces soirées, nous avions une pause d'environ un quart d'heure,
une sorte de récréation où nous pouvions nous détendre dans une prairie bien verte clairsemée de quelques arbres, située au dessus du local et bordée par la rue des Chèvremonts, une des rues
absolument déserte et vierge de toute habitation, à l'époque, qui ceinturaient le Mont.
J'ai bien dit au dessus, et alors que je revois dans mes souvenirs ces lieux, je peux vous dire qu'une petite
pente doublée de quelques marches de fortune faisait le dénivelé entre cette prairie et la porte d'entrée du local.
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Chapelle Sainte-Bernadette de Nanterre, rue Paul-Vaillant Couturier, quartier du Mont-Valérien, au milieu du printemps 1969, cliché
personnel.
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Regardons cette photo qui date du printemps 1969 donc bien plus tard : cette petite maison
blanche , qui était la loge du couple de gardiens, la chapelle Sainte-Bernadette que l'on voit-ici : elle était flanquée à gauche de deux bâtiments
d'importance inégale anciens ateliers dont un, le plus petit n'est pas visible sur ce cliché, derrière la chapelle on devine dans le vert des arbres peut-être quelques tuiles rouges,
et c'est précisémment lui, le local du catéchisme bati et consolidé en briques et en ciment , au toit de tuiles, peint à la chaux à l'intérieur, bien entretenu, et dont le chauffage,
l'hiver, était assuré par un imposant poêle à charbon trônant en son centre et qui marchait assez bien, c'est là , quelques années avant, alors que la télévision prenait
son essor au début des années cinquante que le curé ne voulant pas perdre ses ouaïlles, organisait des soirées télé, où il y avait foule en hiver, et plus encore aux veillées qui
précédaient les messes de minuit de Noël et de Pâque (Il finit néanmoins par cesser cette activité, les ménages se procurant le dit poste).
Sur sa droite, un autre grand local, que l'on ne voit pas ici, avait le toit agencé en shed,
toiture à redans partiel , vitrée , en dents de scie, caractéristique des ateliers de la fin du XIX° siècle et de la première partie du XX° pour bénéficier de la lumière du jour.
Excepté le jour de la Fête de la Sainte-Patronne, ou alors tout était, comme la cour et la prairie un peu
plus haut, monopolisé par les stands tenus par la garde rapprochée des fidèles parmi les fidèles, nous n'y avions jamais accès , et les rares fois où j'y rentrai, je constatais qu'il était
absolument vide et je fus toujours frappé par cette odeur, curieux mélange de bois moisi et d'ébonite qui sentait les vieux débris d'un autre temps, et ses murs dont le plâtre s'effritait,
révélant les briques et les vieux bois.
Peut-être que ce bâtiment avait été déjà démoli lorsque je pris cette photo en 1969.
Sur la photo en bas d article prise en 2001, une petite zone herbeuse servant de parking occasionnel le
remplace.
A l'appui des cours de catéchisme nous avions droit à la projection de bandes dessinées édifiantes où
des bons missionnaires oeuvraient en Afrique équatoriale, où un jeune villageois qui était en quelque sorte la résurrection des premiers chrétiens, était le vrai héro de cette
histoire.
Au moment de la préparation des retraites en vue des communions, l'enseignement religieux se faisait plus
philosophique, sur le sens des miracles, des guérisons ...
Le mystère de la Providence ... Je me souviens de ces débats édifiants, animés par la dame au coeur
d'or : celle-ci nous citait l'exemple de cette mère, témoignage de pélerinages, implorant la guérison de son fils à Notre Dame de Lourdes, et qui ne l'ayant pas obtenu, eut cependant la
révélation du futur éventuel de ce dernier : si celui-ci avait été guéri : il aurait été un individu infâme.
Elle remercia alors la Vierge d'avoir épargné à son fils ce mauvais destin.
En alternance avec cette dame respectable, le curé, le Père comme on l'appelait nous faisait aussi le
catéchisme.
C'était un homme sérieux et de grande conviction, je me souviens de ses prêches lors des messes dominicales,
lorsque nous allions à la messe là-haut : des discours fleuves suivis toujours avec intérêt par l'ensemble des fidèles dans une église pleine à craquer à la messe de dix heures.
C'est lui que je rencontrais plus tard, alors qu'il sortait d' une congrégation religieuse, à Neuilly : je
potassais mes cours au refuge Salomon Reinach en compagnie de mon copain Maximus, étant tous deux en terminale économique au Lycée Frédéric et Irène Joliot Curie de Nanterre.
Je reviens à l'époque des retraites de communions où je commençais à planer sérieusement, je le constate en
me remémorant l'épisode suivant :
Un jeudi, alors que nous étions en retraite, vers l'heure de midi je m'étonnais que l'on ne nous
relâche point à l'heure habituelle !
Auparavant le concierge était arrivé dans le local, posant un paquet sur une étagère en disant au curé
:
- "voilà le ... casse-croûte", avait-il dit seulement ce mot ? Je m'interroge encore !
Je fis le rapprochement surtout lorsque je vis mes condisciples déballer leur sandwiches, déballer leur
gamelle : j'avais du louper donc l'épisode où sans doute le concierge leur avait à chacun préparé leur repas.
Je me décrètais donc à moi-même que le ... , la chose, qu'avait apportée le concierge était pour
moi, et m'en emparant, d'un geste légitime sous-tendu par la conviction que j'avais acquise, je le mangeais soigneusement : c'était sans aucun doute mes parents qui ayant omis de me
le donner le matin, me l'avaient fait parvenir par l'entremise du gardien, pensais-je la bouche pleine ...
Ce qui était bizarre, c'est que tandis que nous mangions tous, je voyais le curé tourner en rond ... je pense
maintenant qu'il devait tourner en rond comme un loup affamé.
Mon abus de pouvoir par autopersuasion fut cependant démasqué, sans doute le révélais-je plus que
l'avouais-je à une grande interrogation générale : "qui a pris le casse-croûte de curé qui était posé là ! sur l'étagère ?
-"Mais c'est moi !" Aurais-je certainement dit !
Je ne me souviens plus de la suite des évènements : j'imagine que notre curé ne se laissa pas mourir de fin,
que le bon concierge lui en procura un nouveau.
A la fin de la retraite il me prit ent' quat' z'ieu, me tenant le visage entre ses mains voulant savoir ce
qui se passait dans ma petite tête : comme s'il voulait me faire cracher une quelconque malice de ma part !
Mais il n'y en avait aucune !
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Chapelle Sainte-Bernadette de Nanterre, rue Paul-Vaillant Couturier, quartier du Mont-Valérien, en avril 2001, cliché personnel.
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Sur cette seconde photo, prise toujours par moi cette fois en en 2001, on distingue mieux au delà de la
chapelle les deux bâtiments dont j'ai parlé ci-dessus.
Quant au premier, il a disparu !
J'associais souvent, dans une vision cette chapelle aux célèbres "Trois Croix" du
Mont-Valérien, érigées pour commémorer le Martyr des Trois Guerres franco-allemandes.
La lecture des évangiles au catéchisme, dans cette petite salle ... Pour moi, cela se
passait au delà du mur du local bordé par la prairie herbeuse, sur fond de ciel tourmenté aux nuages roulés par le vent d'ouest, et où se détachaient sur ce Golgotha la silhouette des
"Trois Croix" sur leur butte symbolisant la crucifixion et la résurrection dans un clair obscur halluciné.
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